En riant à ça tout à l’heure, je me suis dit que quand même, j’avais pas écrit grand chose ici depuis un bail, pour changer, et que c’était l’occase d’immortaliser mon périple du mois dernier une fois pour toutes.
Rappel : Je suis partie de Paris et j’ai ralié la capitale de l’Écosse en voiture, toute seule avec mon GPS chinois, comme je l’aurais fait pendant l’Occupation. Ouais, chaque fois que je me souviens avoir fait ça, je me trouve pretty badass pendant une minute ou deux.
Mais avant toute chose, voici un abassourdissant extrait de l’email que j’ai reçu ce matin de la part de ma conseillère à la banque :
[...]
L’adresse est bien la bonne je vous est renvoyer les documents tout juste mardi, il y a des délais postaux. D e plus sa na pas d’impact sur la modification, vous pouvez dès maintenant faire la demande de virement international et renseigner le nouveau RIB à créditer, un code vous sera envoyer par courrier avant d’enregistrer définitivement ce RIB, il faudra faire de même pour les autres fois, le code vous sera envoyer par texto. Si votre demande est vraiment urgente envoyer moi les coordonnées bancaire et le montant à viré, je le ferai exceptionnellement ce jour.
Cordialement
[...]
Chanmé non ?
Apparemment, ma banque a monté un partenariat avec Skyrock pour faciliter l’embauche des jeunes en échec scolaire. Réaction de ma mère au forward de cette immondice :
quelle horreur !!!!!
Voilà.
Ouais, il y a cinq points d’exclamation (ma mère ne met jamais de points d’exclamation.)
Passé cette interlude comique (je me sentais obligée de partager avec vous), revenons-en à mon voyage.
Voici comment ça s’est exactement déroulé, dans les moindre détails (ou presque.)
J’espère que vous n’êtes pas allergique aux photos de merde, parce qu’il y en a une bonne grosse trentaine qui vous attendent là-dessous.

C’est le départ.
Je suis partie mercredi 9 janvier 2013, à 14h, du 17ème arrondissement de Paris.
Une plombe et des bananes d’embouteillages sur le périf, sous une pluie assez dégueulasse de type « bruine hydrocarburée spécial dépression nerveuse » – de quoi se motiver pour filer comme le vent vers le nord de l’Europe.

Un péage sympa, après Paris. Jaune, rose, etc. Probablement conçu pour passer de bons samedis soirs en province.

S’éloigner de Paris. La tension retombe un peu avec la distance qui s’étire entre la ville et moi. La sensation est un peu la même que lorsqu’on s’arrache à la gravité en décollant pour l’Espace (quoi ? je l’ai fait pas mal de fois dans ma tête, tout comme vous.)

Regarder la carte à l’envers avec une perspective 3d donne l’impression de progresser dans un jeu vidéo : la carte ne ressemble pas à celle que l’on a l’habitude de voir, et il est intéressant de se regarder approcher de sa destination depuis la Royaume-Uni.

Je passe à proximité de villes sexy du nord de la France, comme par exemple ici Villeneuve d’Ascq, dans laquelle je ne me suis pas arrêtée (non, pas même pour pisser.)

Un autre point carte. J’aimais bien faire des points carte.

D’excellentes stations radio sur le chemin, dans des langues tellement éloignées de la mienne que je ne saurais dire dans quel pays je me trouvais.

Une autoroute la nuit, quelque part en Belgique. Je ne me suis pas arrêtée en Belgique, si ce n’est pour faire le plein. J’ai fait pas mal de stations service avant de me rendre compte que leurs pompes GPL n’étaient pas adaptée à ma voiture, mais ça m’a permis de pas mal rigoler en discutant avec les employés (les belges : toujours une valeur sûre d’accent comique.)

Une grosse quatre voies en Hollande.
Super agréable pour conduire, mais je commençais sérieusement à en avoir plein le cul.

Enfin à Amsterdam. Je le sais uniquement grâce aux noms de rues rigolos.

Le lit de deux mètres par deux dans ma chambre au Citizen M. Ce lit était assez agréable, mais bon, avec le calme et la sérénité que m’offrait ce voyage, j’en ai profité autant que si j’avais du dormir dans une piscine de balles ou un trampoline.

Le soft de la télécommande qui permet de changer l’ambiance de la chambre. On peut faire pipi dans une ambiance rose, puis remettre une ambiance multicolore pour dormir en cas de crise d’angoisse mineure.

Avec l’ambiance verte, ça donnait à peu près ça. J’ai passé une bonne dizaine de minutes à essayer toutes les ambiances. Probablement des hallucinogènes dans ma salade de quinoa. Ensuite, je me suis concentrée sur la seule vraie quête qui m’importait : trouver comment éteindre tout ce merdier une bonne fois pour toutes.

La mascotte du Citizen M : une peluche faite de patchwork de feutrines et de tissus Jacquard (assez jolie, bien que pourvue de cinq ou six bites lui servant de bras, jambes et oreilles, donc pas spécialement destinée aux enfants.) C’est avec elle que j’ai partagé mon lit cette nuit là, avant de me réveiller plutôt grognon, et de faire tomber mon MacBook Pro sur mon gros orteil. Le choc a été d’une violence inouie. J’ai eu tellement mal que j’ai du appeller quelqu’un pour me faire un bandage. Il y avait du sang partout dans la chambre, je pouvais à peine marcher, supporter une chaussette et une converse sur le pansement. J’avais une dizaine de sacs à me trimballer, avant de reprendre la route. Heureusement, une fille sympa m’a aidée.
C’était un excellent réveil, et un très bon exercice de philosophie.

Finalement, me dirigerais vers le port d’Amsterdam.
Jamais mon GPS chinois ne m’aura été plus utile que pendant cette étape : sans lui, je n’aurais jamais trouvé le bon quai.

Le bon quai, c’est celui où m’attendait le Princess Seaways, magnifique navire mi-ferry mi-paquebot-romantique-lol, qui devait m’emmener en perfide Albion. Il est assez moche, hein ? Heureusement, quand on est dessus, ça ne se voit plus.

À peine embarquée, je demande à la première hôtesse avec un air avenant s’il y a une connexion Internet quelque part : on me gratifie d’un « oui ! » providentiel et libérateur, je manque alors de verser une larme de soulagement. Il faut dire, je m’étais amèrement préparée à l’idée d’être déconnectée du monde vivant pendant quinze heures et en pleine mer. Mais trève de rigolade, je n’ai même pas le temps de boire une bière en lisant reddit : je dois refaire mon pansement, parce que mon pied pisse toujours le sang.

Pendant que le bâteau quittait le port, j’ai compté les canaux de sauvetage sur le pont, comme Grosse Winslet dans Titanic. Il n’y en avait pas beaucoup, ce qui renforçait le caractère épique de cette traversée. Vu la luminosité, je crois que cette photo a été prise vers 17h30, j’avais donc environ deux heures d’autonomie devant moi avant d’aller m’écraser dans mon lit. J’en profitais pour boire un verre et me détendre un peu.

Sur le bâteau, l’un de mes endroits préférés était la douche avec toilettes intégrées.
Le rêve de toute fille. Je n’ai pas trop réfléchis aux possibilités, mais sachez que la cabine que j’avais réservée pouvait accueillir jusqu’à quatre passagers.

Avant d’aller me coucher, j’ai fait un peu de shopping. Il y avait des vouchers pour des activités sympas à faire à Amsterdam.

On pouvait aussi acheter des produits marketés de manière étrange, par exemple, ici, avec de lugubres petits bâteaux.

En français aussi.

Aller, un petit point Google Maps depuis le bâteau. Il faut savoir que cette saloperie ne fonctionne pas en pleine mer, seulement à proximité des côtes.

Et un petit tour à la discothèque. Pas mal d’efforts sur la déco quand même, pour une disco-mobile qui traverse la Mer du Nord.

J’avais choisi le bouquin susceptible de m’endormir le plus vite possible, ça n’a pas fait un pli, je m’endors en cinq minutes. La nuit est pourtant agitée : ma cabine étant sous le niveau de l’eau, je peux entendre de lourdes vagues noires rouler contre la coque. Je fais des rêves étranges. Souvent je me réveille en ayant l’impression que mon lit penche à 45° – et c’est en fait plus ou moins le cas. Ce n’est pas très confortable. Je repense à Grosse Winslet. Je m’identifie un peu, sauf que je suis en troisième classe. Pas terrible.

Au réveil, je suis affamée. Le bar ou j’avais pu déguster un sandwich au « poulet » à 8£ seulement la veille sert des chocolate-croissants. J’en commande deux, comme Grosse Winslet, et tout en goûtant l’audace de la gastronomie britannique, je me demande si je n’ai pas fait une énorme connerie en prenant ce bâteau.

Heureusement, cela ne dure pas. La météo accueillante et chaleureuse des côtes du nord de l’Angleterre m’ont tout de suite mis du baume au cœur.

Enfin, je peux regagner ma voiture, mettre une radio entrainante, et descendre de ce putain de rafiot pour regagner la terre ferme.

Le meilleur moment du voyage, c’est quand j’ai rêglé mon GPS sur ma destination finale.
Je n’ai pas de blague à faire ici : l’émotion était très forte et j’étais ravie.

À Newcastle Upon Tyne, il y avait quand même un peu de bordel pour passer la douane, mais on ne m’a posé aucune question.

Après avoir passé deux heures sur la route, vu des vâches avec des petits manteaux, et bu un café au MacDo de Berwick-Upon-Tweed #BRAAAINS, je passe la frontière écossaise, triomphante, et trente minutes plus tard, j’arrive à Edinburgh, le vendredi 11 janvier 2013, à 12h30.