Cette semaine, je suis au Royaume-Uni. Je dis Royaume-Uni, pas « Angleterre » car ça sonne plus « grand », plus mondial, et j’aime bien me souvenir que Vancouver – BC, et Sydney en Australie, ces villes que j’ai tant chéries, sont beaucoup plus près de Londres que de Paris.
C’est mon sixième voyage à Londres, premier pour le boulot. Autrement dit, c’est la première fois que je prend le métro le matin aux heures de pointes avec les gens qui partent bosser, que je ne suis pas dans le scheduling permanent d’activités d’agrément pour occuper ma journée, que je vis « à l’heure » avec les anglais, pas comme une touriste.
Il faut savoir que le matin, dans leur métro, qui est rappelons-le plus confortable que le salon de certains de vos potes, les anglais ont un « chauffeur de plateform ». Enfin, c’est comme ça que j’ai décidé que s’appelait le job de cette personne. Ben ouais.
Un mec dont le boulot est de parler tout le temps, d’animer – en quelque sorte, de dire quel train arrive, ou il va, comment il faut monter dedans s’il vous plais, ne pas trop s’approcher du bord. Y a une petite merde sur la Disctrict line mais ça va passer dans quelques minutes, restez cools, bon voyage. Aussi, de vous renseigner, sans hésitation, et puis de vous rappeler que c’est dans ce train ci que vous devez monter, mademoiselle, bien à vous, de rien, bonne journée, au revoir.
La politesse overdose fait rage de ce coté-ci de la Manche quand tu arrives de Paris. Juste le métro : rien que pour ça, le delta avec l’odeur pisse-souffre du réseau parisien, et la taille des sièges sur lesquels on s’assoit, on comprend tout de suite pourquoi les anglais font moins la gueule.
Et on leur pardonne ce physique volontiers reconnu comme plus disgracieux que la moyenne, même si, j’ai remarqué que lorsqu’un anglais se démerde pour être mignon, il prend pour tous les autres (cf Pete Doherty avant sa période rabla.)
La première fois que je suis venue, j’avais quinze ans, j’ai fait le voyage en bus, puis en ferry, puis en bus depuis Marseille. Pareil au retour quinze jours plus tard. Mon corps s’en souvient. Je n’étais pas spécialement à mon aise en arrivant, physiquement parlant. J’imagine qu’aujourd’hui j’aurais abandonné le délire juste après le tunnel de Fourvière (à Lyon.) Je suis restée deux semaines, c’était pour « apprendre l’anglais ».
Moi l’anglais, je l’ai appris dans les jeux vidéo et en écoutant du grunge, alors les cours niveau sixième, j’en avais un peu rien à battre, si tu veux. Je savais déjà tout ce que racontais le premier album d’Oasis, pas la peine de me refaire le coup des pièces de la maison une par une avec le chat.
Donc les cours, c’était le matin, et on y allait pas. Pas trop au début, plus du tout ensuite. Pas de culpabilité : il y avait tout de même mieux à faire, notamment s’occuper des garçons, et trouver des tees de groupes de rock à Camden. Désolé maman, on faisait quand même les visites et activités culturelles, dans la mesure du supportable « on a le droit de fumer ? »
La deuxième fois, c’était un an plus tard, donc pareil en pire, mais trois semaines cette fois-ci. No comment. Mes parents étaient ravis que le me passionne pour l’Angleterre, parce que c’était « culturel » et que ça paierait sûrement plus tard (895 au TOEIC, no shit tavu) Je savais parfaitement me démerder, la ville était mon petit territoire, et jamais j’aurais demandé à mes parents de m’envoyer en Espagne ou ailleurs, non merci « je suis chez moi ici. » Petit conne (mais tellement heureuse.)
Une après-midi, à cette même époque, je me suis sentie mal en pleine National Gallery, devant un tableau justement intitulé « The Execution of Lady Jane Grey » (si tu cliques sur le lien tu verras que ça n’est effectivement pas très gai comme peinture.)
Ma copine Sandra avec qui je voyageais alors était pas loin, je lui ai dit « ça va pas faut que je sorte mais toi reste ici, t’inquiète » – elle était en grande conversation avec sa target, et même en plein syndrome de Stendhal, j’ai jamais fait rater son coup à personne. Je suis sortie seule du musée dès la première issue que j’ai pu trouver, et me suis jetée dans le premier café qui me paraissait cool.
Il y en avait un juste au coin, avec de gros fauteuils cossus, l’air vraiment confortables. C’est comme ça que j’ai foutu les pieds dans un Starbucks pour la première fois. Mémorable ! Le lieu m’a apporté tout ce que j’attendais en terme de réconfort et de calme. Je me suis enfoncée dans le velours violine et je n’ai plus bronché pendant trois heures, une japonaise calme et tranquille en face de moi, lovée dans son bouquin. Oubliée, Lady Jane Grey. Enfin, un peu.
La troisième fois à Londres, c’était au début des années 2k, avec BFF, coloc’ actuel, une copine et deux autres potes en mode tourisme alternatif et fête. Je crois qu’on avait du faire quelques clubs rock et la visite de nuit de Whitechapel (quartier aux confins duquel je me rend tous les matins ces jours-ci), ambiance Jack The Ripper, tout ça.
À la base, en y allant on faisait les gros macs, genre ouais bon ça doit trop pas faire peur, mais une fois sur place, le truc nous avait refroidi. Sur le parcours, il y avait de vrais panneaux « crime scene » qui n’avait rien à voir avec Jack et tout. AMBIANCE-LOL.
Au retour, on s’était en plus planté de bus, retrouvés je ne sais où, vraiment loin dans un quartier de merde, tard. On croisait des filles avec des trucs vulgaires écrits au khôl sur la peau, genre « baise moi par tous les trous » (je traduis pour vous) bref, tout était normal, et on faisait pas les fiers.
Dans notre auberge de jeunesse, y a avait de la gerbe dans les douches et des lits superposés qui grincent. Nous étions six dans notre dortoir, nous autres et un mec qu’on connaissait pas, qui avait l’air de squatter là depuis un certain temps et de rien foutre de ses journées (un clochard, quoi.) Une copine dormait sur le lit au dessus de lui. Un soir, elle nous a avoué qu’elle était a peu près sûre qu’il s’était branlé en dessous d’elle. Punkitude to the max.
Autre vie, mes twenties plus tard, où je venais passer des weekends pour aller à The End (aujourd’hui fermé) et à Fabric, danser sur du breakbeat, de la drum & bass, et de la techno d’une manière plus générale, en fait.
Je ne faisais que ça et du shopping, très material girl, et j’en garde des souvenirs prodigieux malgré des problèmes touts nuls du genre vol de portefeuille en plein milieu du dancefloor, course effrénée le long de vingt portes dans Gatwick pour chopper un vol, parce que distorsion du temps au Burger King lorsqu’on oublie qu’on est là pour attendre d’embarquer, par exemple. Super souvenir, une fois qu’on a oublié le moment ou on a failli gerber d’avoir couru trop longtemps et trop vite quand on s’est allongée par terre devant le panneau « LAST CALL ».
Une fois, j’ai pris le même avion que Laurent Garnier au départ de Marseille, et nous avons discuté avec lui avant de décoller et puis à l’arrivée aussi. Il faut dire, nous allions le voir jouer là-bas. C’était trop bien, ça faisait vraiment lucky groupie.
Aujourd’hui je viens pour me former sur un outil de weba, et dont je souhaitais apprendre les moindre détails de fonctionnement. C’est chose en cours. Je deviens adulte, on dirait, non ? En plus, j’ai tenu parole, j’ai mangé sainement ce soir après m’être petit suicidée au double bacon cheeseburger la veille. Parce qu’ici, c’est jamais vraiment gagné d’échapper au putain de supermassive black hole de la junk food. Tiens ça me fait penser à une blague :
1. Ta mère est tellement grosse qu’elle courbe l’espace-temps.
2. Yo mama so goth even light can’t escape.
Les science freaks, les fans de « ta mère » et autres goth jokes saurons apprécier les références croisées dans la seconde (bon okay elle est moins bonne que la première, je viens de l’inventer, elle est trop cross-over, mais elle est aussi spéciale dédicasse à Nemi.)
***
Avant de m’y installer, je me demandais quasi tout le temps pourquoi je ne vivais pas à Paris. Finalement, au bout de trop d’années de non sens, et ne trouvant pas de réel épanouissement dans le sud de la France, j’ai fini par y emménager.
Quand je passe à Londres, il m’arrive parfois, au détour d’un parc vert et frais, ou d’une rue particulièrement touchante et bourrée d’histoire, de me demander de la même manière, pourquoi je n’y vis pas. En réalité, sais pourquoi, de manière très pragmatique et parce que je suis attachée à l’Hexagone, au fond. Mais je sais aussi que « mettre Londres de coté » et ne jamais me l’approprier m’enchante.
Parce qu’aujourd’hui, s’il arrive que je râle au sujet de Paris, avec laquelle je vis au quotidien, pour le meilleur et pour le pire, comme on dit, je sais qu’avec Londres, les choses resteront toujours aussi belles, comme pour une histoire d’amour platonique. Je crois qu’il n’y a pas de meilleure comparaison que celle-ci pour expliquer mon attachement à cette ville.
En tout cas, je n’en ai pas trouvé.