Posts Tagged ‘press’

Epilogue

Samedi, juin 25th, 2011

Le bouquin de Marie Barbier, sur la digestion, ça a donné un truc comme : « Meh – c’était tellement bon, tellement au dessus du reste et depuis, il s’est passé quoi ? »

Il s’est passé rien. Du coup j’ai absolument souhaité relire mes vieux mags.

Depuis que j’ai pris cette décision, à part regarder un film avec James McAvoy, rien à faire pour m’en détourner. Encore moins depuis ce matin où j’ai vu boyfriend, curieux, se marrer en lisant du Jean Pierre Liégeois, cet espèce d’ancètre de Chris Esquerre ultra raffiné qui se faisait rembourser (par exemple) sa bouteille de Moët et Chandon, prétextant dans une lettre outrée adressée au frabriquant qu’il n’avait pas réussi à sauter sa fiancée parce qu’il était trop fait après s’être torché une bouteille.

À de rares exceptions dues à l’ennui ou au masochisme (les deux en même temps, aussi), je n’ai pas acheté de « féminin » depuis un truc comme… 2004. Je crois que c’est à cette époque que j’ai également cessé de regarder les couvertures. Et depuis cette semaine je rachète les 20 ans « dream team » pour les relire, les chérir et les collectionner. Aujourd’hui j’en ai reçu deux numéros qui font déjà mon bonheur, et puis j’en attends d’autres, le coeur battant chaque fois que j’arrache le papier de l’enveloppe (aww.)

Je tiens à les avoir auprès de moi, comme des reliques, des bases, un pilier de papier rassurant. J’ai fait le deuil de ceux que j’ai balancés, et j’ai accepté d’en racheter quelques uns de temps en temps, et aussi, de ne jamais tous les retrouver.

Pour ceux que je peux avoir, je me dis que même s’ils coutent 15 ou 20 euros (mais parfois seulement 3 ou 4), c’est pas grave, puisque je vais claquer cette somme d’argent sans moufter pour un bouquin ou une bande dessinée, alors, pourquoi pas pour un mag’ qui déchire autant (le présent de l’indicatif n’est pas laissé là au hasard.)

C’est vrai merde, chaque jour ou presque, aux prises avec de multiples questionnements sur ma vie (pour paraître propre demain, dois-je me laver les cheveux ce soir ou demain soir ? pour être heureuse l’heure qui suit, dois-je faire 10 minutes de vélo elliptique ou manger une tartine de Skippy Extra Crunchy ? dois-je faire un enfant avant ou après la ménopause ? etc), je me souviens d’un truc lu dans 20 ans il y a des années.

Il parait incroyable que ce magazine déploie encore autant de puissance et de pouvoir de séduction même et surtout 10 ans après sa mort. J’ai l’impression de parler d’un grand roman.

À moins qu’il ne s’agisse tout simplement de cela : 20 ans est de la littérature. Et dans ma bilblothèque, il mériterait une Pléïade.

Teenage kicks

Mercredi, juin 1st, 2011

Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé

Jean-Jacques Rousseau

-

L’ouvrage et son auteure (j’ai appris que l’on disait « coordinatrice », en l’occurence, pour ce type de travail) valait bien que je m’étende quelques minutes sur mon clavier ; voici cinq bonnes raisons d’acheter le bouquin de la providentielle Marie Barbier.

Si vous êtes une ex lectrice assidue du magazine, si êtes passée par la case benne à ordure un jour de ménage de printemps mal inspiré il y a de ça quelques années [ETERNAL REGRETS], tout ce qu’il vous reste de vos 20 ans, c’est sûrement de vagues pseudos de journalistes, l’adresse du mag (Pierre Avia !) et, si vous avez lu et relu certains articles avec ferveur, quelques inoubliables iconos (quelqu’un se souvient du VAT 69 ?) et autres maximes savantes pleines de vérité que vous aurez apprises malgré vous, par coeur.

Il y a des choses qui furent « imprimées » dès les premières lectures, des trucs qui m’ont éduquée et guidée (me guident encore et toujours aujourd’hui.)

Pour moi, 20 ans, c’était « la vérité froide » – et j’aimais qu’on m’explique et me dépeigne cette vérité là. Il faut dire qu’à l’époque, je ne me l’étais pas encore appropriée par mes propres moyens : autostop, révisions du bac, études compliquées, garçons timides, premiers boulots, vie à deux chiante, jeunesse à risque, vie sentimentale abradacabrantesque, week ends sans dormir, psychothérapie, études moins compliquées, autres boulots, lâcher prise, et j’en passe. J’avais pas encore vu le film, mais 20 ans m’avait fait le teasing, bien comme il faut.

Mais stop, à coté de Marie Barbier je cause tièdement de 20 ans et je suis là pour vous vendre son livre (même si son lectorat l’aura déjà trouvé) car c’est une pièce qui vaut le coup, et qui, je l’espère sans secret, sera ré éditée dans une version illustrée.

1. Découvrir l’envers du décor

Coté interviews, Marie Barbier est allée franchement au charbon, et l’on apprend tout sur la rédaction « culte » du magazine (1993-2003 – RIP) ses figures, ses moyens, sa stratégie, son idéologie, son déterminisme, la manière qu’on avait d’y organiser le travail : tout est passé en revue jusqu’aux brêves de couloir, aux moqueries et autres rivalités entre collègues.

Une mine d’or pour toutes celles qui ont été curieuses de ces choses-là et ce sont toujours demandé comment on pouvait s’organiser pour balancer un tel pavé dans la marre chaque mois.

2. Lire des articles que vous n’aviez jamais lus

Aussi bon que recevoir, 40 ans plus tard, une lettre perdue de la part votre amoureux mort au front.

J’ai commencé à lire 20 ans au printemps 1996 (en réalité c’était plus tôt, je m’en rend compte en browsant une base de données d’archive de journaux – je me rappelle de couvertures achetées jusqu’en 1994 ou 1995.) C’était un après-midi ou je n’étais pas au lycée, je l’avais acheté pour la salle d’attente du dentiste. Sur l’autoroute de ma vie culturelle, c’était un peu comme découvrir un Autogrill pour la première fois sur le chemin de Milan, et se faire presser un véritable panini italien à la roquette. À l’époque, je venais de m’envoyer l’intégrale d’Arthur Rimbaud, et la nuit j’écoutais Fun Radio. Autant dire qu’il me manquait un peu de fun niveau lecture. Je vous rappelle à juste titre [STUPEUR] qu’Internet n’existait pas [TREMBLEMENTS].

L’anthologie de Marie Barbier remonte jusqu’en 1993. Ca laisse de la marge niveau inédits, potentiellement plus de 36 24 (18?) mois, dans mon cas : car oui, après l’après-midi chez le dentiste, je n’ai plus jamais manqué un seul rendez-vous avec mon mentor, jusqu’à ce que mort (cérébrale) s’en suive.

3. Relire des articles que vous avez déjà lus

Vous vous en rappeliez, ou vous ne vous en rappeliez plus. Aucune importance, on se fend toujours la gueule pareil, et relire ces textes assassins à 31 ans m’a permis de constater que l’âge n’avait rien à voir là-dedans.

4. Lire certains articles à votre mec

Qu’il comprenne bien ce qu’est une fille extra avertie (il a le droit de rigoler un peu aussi.)

5. Arracher des moments à votre inconscient

Dure nostalgie. Se souvenir, à la relecture d’un article, où l’on en était dans sa vie à cet instant précis, parfois même où on l’avait lu, avec qui. Il n’est pas évident de se reconfronter à ce qui nous a construits. Mais parfois, il est heureux de constater où cela nous a mené.

20 ans – Je hais les jeunes filles, de Marie Barbier, aux Editions Rue Fromentin.

Twitter ça sert à rien

Mardi, février 23rd, 2010

Février dernier, un monsieur de Science et Vie Micro (je regrette avec amertume qu’il n’eût s’agit de son petit frère Science et Vie Junior) m’a contacté tout à fait par hazard pour que je réponde à 2-3 questions au sujet de Twitter. Il recherchait des témoignages d’utilisateurs pour un article qui parait dans le numéro de Mars.

Comme je n’avais jamais encore posé de réflexion sur le papier au sujet de Twitter, j’ai pris une heure et demi pour expliquer une bonne fois pour toutes ce que j’en pense. Comme ça, la prochaine fois qu’on me demande « Mais c’est quoi Twitter en fait ? Ca sert à quoi ? » je n’aurai plus besoin de répondre de mauvaises approximations et autres raccourcis du genre : « Tu vois ton status facebook ? Ben c’est pareil, plus ou moins » ou encore « Euh pff, j’sais pas expliquer » – quand je suis en mode j-ai-pas-envie-de-te-parler.

Comme l’article cite environ 9% de ma bafouille, je colle l’intégralité des questions et des réponses ci-après.

Depuis quand utilisez-vous Twitter, et qu’est-ce qui vous a motivé pour essayer ?

Je me suis inscrite le 4 juin 2008, mais je l’utilise très régulièrement que depuis le début de l’année 2009.

Ma curiosité pour Internet en général et le social media en particulier, ainsi que le fait qu’on en ait parlé partout comme de quelque chose d’amusant ont suffit à me convaincre de faire un essai.

Et qu’est-ce qui vous motive pour continuer ?

Je m’y amuse beaucoup et j’apprend des choses tout le temps.

La qualité principale de Twitter ?

J’aime sa légèreté, sa rapidité, son puissant moteur de recherche en temps réel qui dépasse presque l’entendement…

Je suis personnellement séduite par son utilisation en mode texte uniquement. Des caractères spéciaux (le # et le @) et des codes spécifiques et universels connus de tous les utilisateurs (« RT » / « cc » / « via ») lui offrent le même type de souplesse que celle d’une ligne de commande.

Cependant, le fait que Twitter soit ouvert à de multiples clients aux fonctionnalités et aux designs divers qui le rendent portables sur vers une multitude de terminaux lui offre une ubiquité qui est assurément sa principale qualité.

L’intérêt par rapport à d’autres outils de communication, comme le blog ?

Pour moi, les tweets s’envolent, le web de fond reste. De fait, n’ai jamais compris pourquoi on comparait Twitter à des outils comme le blog. Les deux sont tout à fait différents, que ce soit en terme d’utilisation ou de consultation. Le blog a une mémoire. Il est légitime de passer du temps à couper un cheveu en quatre dans le but d’exposer le fruit d’une réflexion sur un blog. Sur Twitter, le format ne se prête pas à ce genre de choses. Il les rend même tout à fait impossibles.

De plus, Twitter n’a pas de mémoire. Sur une timeline moyenne compilant les tweets d’une centaine de followings ; un tweet meurt à H+2. Twitter est une text-board qui a un cycle court, et dont il faut considérer le large bouton « MORE » qui marque le bas d’une timeline comme sa limite de lecture effective. Le reste, tout ce qui est en dessous, de ce bouton frontière, c’est vieux, inutile : on ne trouve plus d’intérêt à aller y rebondir. Twitter est un monde persistant où l’on ne regarde jamais en arrière.

L’intérêt de Twitter est de partager une humeur, un mot ou un lien dans l’instantanéité. Tenter de faire rire ses amis en créant des situations de quiprocco peut aussi être considéré comme un pôle d’activité important. Twitter permet aussi de se divertir ultra rapidement : lire deux tweets prend 10 secondes, en poster un que l’on a déjà pensé, cela prend 10 secondes aussi. On ne fait pas grand chose de divertissant n’importe où, et n’importe quand, en 10 secondes, comme ça.

Ce que j’aime aussi, d’un point de vu plus « nerdy », c’est que l’information tweetée va suivre une trajectoire similaire à celle d’une balle de ping-pong que l’on jetterait dans un boule de plexiglas d’un mètre de diamètre. On ne peut pas décrire à l’avance la trajectoire finale d’un tweet, ni la manière avec laquelle la twittosphère va y répondre, ni comment elle le reprendra ou le commentera, et encore moins par qui ce sera fait. Exponentialité, chaos et temps-réel sont ici les maîtres mots.

Les défauts ?

Je ne trouve pas de défaut à Twitter. Ce site égaie mon quotidien, me cultive, me distrait et ne m’a jamais procuré de sentiment désagréable, contrairement à Facebook, qui est un réel « frienemy ».

Cependant, pour le plus grand plaisir de ses utilisateurs, et afin que Twitter soit pérenne en tant qu’entreprise, j’espère qu’elle va vite inscrire sa géniale idée désintéressée dans un business-model un peu plus terre à terre … apparemment, c’est presque le cas.

Votre cadence moyenne de tweets ?

Un par heure quand je suis réveillée.

Quelle est la dimension narcissique dans le fait de twitter ?

Elle est énorme, elle tient le concept en entier. Twitter se situe entre les étages 3 et 4 de la pyramide de Maslow, et surfe sur des besoins de socialisation et d’estime.

Tweeter c’est avant tout de l’ego trip. On ne rend service à personne en relayant aussi vite que l’on peut des flux d’informations captés aléatoirement dans les médias. On ne tweete pas pour informer, on tweete pour communiquer : pour être entendu, obtenir des réponses, ou au moins une certaine forme d’approbation, qui se matérialisera dans notre timeline sous forme de retweets et autres signes de feedback de la part de nos followers.

La permanente « course à l’info fraîche » fait parti de cet ego trip. C’est à qui trouvera le lien le plus cool le plus vite. La qualité du contenu du lien, la façon dont il va être compris, cela est secondaire, la véracité de l’information aussi…. on sera toujours a temps de vérifier. Plus tard.

Twitter, c’est une drogue ? Pouvez-vous imaginer 24 heures sans Twitter ? Et une semaine ?

Non ce n’est pas une drogue. Je peux m’en passer, 24 heures, une semaine : sans problème. Cela ne provoquera pas chez moi de crise d’angoisse (contrairement à une coupure pure et simple d’Internet.) Je serai, évidement, un peu frustrée.

Ce n’est pas une drogue, mais cela remplit des instants vides dans un monde ou l’on passe notre vie à attendre. Twitter est une bulle sociale que l’on peu invoquer lorsque notre environnement immédiat ne capte pas notre intérêt. Je l’invoque souvent dans le métro, par exemple, et on peut aisément comprendre pourquoi.

***

Le scan de l’article est dispo ici (je précise que des bloggers célèbres tels que Pipomantis ou Sskizo y sont cités – ne me demandez pas qui est NKM et ses 35,000 followers, srsly je m’en branle.)